Nous annonçons la création de BESTREMA, un bureau d'études structure spécialisé dans les monuments anciens. Un des objectifs de cette société est de participer à la diffusion des connaissances sur la structure des monuments anciens auprès du grand public.

Les nouveaux articles que nous écrirons seront désormais mis en ligne sur bestrema.fr. Les anciens articles qui ont déjà été publiés ces deux dernières années resteront à votre disposition sur Combien ça porte. Nous vous remercions d'avoir suivi ce blog, et nous remercions tout particulièrement les lecteurs qui ont partagés avec nous leurs observations sur les structures des monuments anciens.


17 juillet 2018

Étude des rapports entre stéréotomie et résistance des voûtes clavées

Un nouvel article concernant la résistance des voûtes a été mis en ligne sur bestrema.fr. Cet article présente une thèse de doctorat qui explore l'influence de la coupe des pierres sur la résistance des voûtes clavées en général, et des couvrements plans (plates-bandes et voûtes plates) en particulier Lire la suite sur bestrema.fr.

23 février 2015

Planchers à fers méplats

Un nouvel article concernant les planchers métalliques anciens a été mis en ligne sur bestrema.fr. Les planchers à fers méplats sont brevetés par Vaux en 1845. Ce système simple, avec entretoises, fantons et hourdis plâtre, précède les planchers à solives à double T (IAO) qui apparaîtront quelques années plus tard. Lire la suite sur bestrema.fr.

18 février 2015

Planchers à fermettes

Un nouvel article concernant les planchers métalliques anciens a été mis en ligne sur bestrema.fr. Les planchers à fermettes sont le premier type de plancher métallique construit en France, dès le XVIIIe siècle. Nous présentons ces planchers, leur histoire et des exemples parus dans des traités de construction. Lire la suite sur bestrema.fr.

8 janvier 2015

Epure de Méry

Un nouvel article concernant l'épure de Méry a été mis en ligne sur bestrema.fr. L'épure de Méry permet d'évaluer la stabilité d'une voûte maçonnée en berceau en quelques étapes simples de dessin. Exemples et histoire de la méthode sont donnés dans cet article. Lire la suite sur bestrema.fr.

14 décembre 2014

Corniches en encorbellement

Un nouvel article concernant les encorbellements en maçonnerie a été publié sur bestrema.fr. Il présente les corniches des entablements, avec présentation de leur mode constructif et évolution de l'Antiquité à l'Epoque Moderne, pour comprendre leur stabilité. Lire la suite sur bestrema.fr.

1 décembre 2014

Balcons en encorbellement

Un nouvel article concernant la stabilité des encorbellements en maçonnerie a été publié sur bestrema.fr. Il présente l'histoire des balcons, leur apparition et leur évolution, et l'influence de la stabilité sur leur morphologie. Lire la suite sur bestrema.fr.

23 novembre 2014

Stabilité des encorbellements

Un nouvel article concernant la stabilité des encorbellements en maçonnerie a été publié sur bestrema.fr. Il présente l'évaluation de l'équilibre et de la résistance des corbeaux et des consoles, et les moyens employés par les constructeurs anciens pour s'assurer de l'équilibre des encorbellements. Lire la suite sur bestrema.fr.

16 novembre 2014

Planchers bois anciens - Encorbellements

Nous annonçons la création de BESTREMA, un bureau d'études structure basé à Paris, spécialisé dans les monuments anciens. Un des objectifs de cette société est de participer à la diffusion des connaissances sur la structure des monuments anciens auprès du grand public.

Les nouveaux articles que nous écrirons seront désormais mis en ligne sur bestrema.fr. Les anciens articles qui ont déjà été publiés ces deux dernières années resteront à votre disposition sur Combien ça porte. Nous vous remercions d'avoir suivi ce blog, et nous remercions tout particulièrement les lecteurs qui ont partagés avec nous leurs observations sur les structures des monuments anciens.

Quatre nouveaux articles ont déjà été publiés sur bestrema.fr.

Les trois premiers concernent les planchers anciens en bois. Un premier article présente la typologie des différents planchers en bois construits en France depuis le Moyen-Age jusqu'à la révolution. Il indique également les détails constructifs de ces planchers. Un deuxième article décrit les dimensions des solives de plancher prescrites par les traités d'architecture XVIIe siècle au XIXe siècle. Enfin, un dernier article s'intéresse au bois de brin et au bois refendu. Le bois de brin désigne un bois employé pour la charpente qui comporte le cœur de l'arbre. Le bois refendu est obtenu en refendant un bois de brin en plusieurs éléments de section plus réduite. Le bois de brin a longtemps été utilisé de façon presque systématique pour la charpente, et au XVIIIe siècle, un procès opposera des charpentiers parisiens à un fameux architecte, autour de cette question. Pourquoi une telle défense du bois de brin ? Nous proposons des éléments de réponse dans cet article.

Enfin, la maçonnerie n'est pas laissée de côté. Un article relatif aux encorbellements en maçonnerie a également été mis en ligne. Il servira d'introduction à une série de trois articles à venir concernant la stabilité des encorbellements, les balcons, et enfin les corniches.

10 avril 2014

Carte des balcons anciens à Paris

Suite à la mise en ligne des deux articles sur les balcons anciens à Paris, avec consoles en fer forgé ou en pierre, nous proposons ci-dessous une carte qui répertorie l'ensemble des balcons mentionnés dans ces articles. A quelques exceptions près, les balcons répertoriés ici sont des balcons appartenant à une façade sur rue, et ils sont donc visible depuis la rue. Cette carte n'est pas exhaustive, et ne répertorie pas les balcons construits après 1800 environ.

Les balcons sont regroupés de façon sommaire par type de console à l'aide d'une icone.
  • : balcon à console métallique
  • : balcon à console en pierre
  • : balcon à console métallique enduite
  • : balcon qui sera ajouté lors de la prochaine mise à jour des articles
Un clic sur ces icône indique l'adresse exacte du balcon correspondant. Vous pourrez retrouver les descriptifs et informations historiques des balcons sur les articles correspondants : balcons à console métallique (ou enduite) et balcons à console en pierre.

3 avril 2014

Balcons - Paris - Consoles métalliques

1 1 Les balcons en encorbellement - exemples parisiens

1.1 Introduction

De nombreux balcons en encorbellement ont été construits à Paris au XVIIe et XVIIIe siècle à l'aide de consoles en fer forgé. Les sources écrites anciennes et actuelles focalisent leur attention plus particulièrement sur les garde-corps. Ces derniers sont formés de montants verticaux et de lisses horizontales, formant des panneaux à l'intérieur desquels s'inscrivent les décors. La beauté de ces garde-corps occulte souvent les consoles métalliques qui soutiennent la dalle du balcon et son garde-corps, qui sont alors passées sous silence.

Pourtant les consoles en fer forgé sont dignes d'intérêt. Elles peuvent elles aussi faire l'objet de décors. Et, ce qui nous intéressera plus particulièrement dans la suite, ces consoles sont les éléments structurels principaux, avec la dalle, des balcons. Elles doivent reprendre les efforts importants de tension et de compression générés par l'encorbellement. Pour cette raison, les consoles métalliques sont les témoins précieux de l'évolution des techniques d'assemblages de la ferronnerie du point de vue de la transmission des efforts.

Nous présenterons dans la suite des exemples de balcons à consoles en fer forgé qui peuvent être observés aujourd'hui à Paris.

Balcon sur l'angle du 54 rue Saint-Honoré et 1 rue des Prouvaires à Paris
54 rue Saint-Honoré - 1700 ou 1715

1.2 Questions de méthode - choix des balcons, et datation

La méthode suivie pour la rédaction est la même que celle de notre article précédent sur les balcons à consoles en pierre. Nous passons sous silence les garde-corps, ouvrages de serrurerie ou ferronnerie, pour nous concentrer uniquement sur les structures porteuses. La liste de balcons donnée n'a aucune ambition d'exhaustivité. Nous n'avons retenu que les balcons sur rue, trouvés soit dans la littérature (ouvrages sur Paris, balcons classés ou inscrits spécifiquement aux Monuments Historiques), soit situés dans des quartiers connus pour leurs balcons en fer forgé, comme la place des Vosges, l'Île Saint-Louis, et les quais de la Seine plus généralement.
Perspective des balcons de la place des Vosges à Paris
Balcons de la place des Vosges

La date de construction de seuls quelques rares balcons sont connus pour les balcons anciens du XVIIe et XVIIIe siècle. Ces exemples sont regroupés en début d'article chronologiquement. Les autres balcons sont regroupés suivant la typologie de leurs consoles. Pour ces derniers lorsque la date est indiquée elle correspond à la date de construction de l'édifice, et donc pas nécessairement à la date de construction des balcons eux-mêmeHillairet étant la source de référence concernant l'histoire des édifices parisiens, nous indiquons lorsque la dernière version de son "Dictionnaire historique des rues de Paris" ne donne pas d'information sur un bâtiment (1997). Lorsque le balcon, la façade ou l'édifice est classé ou inscrit aux Monuments Historiques, nous indiquons sa notice sur la base de donnée Mérimée (lien du type PA00000000 dans la suite).

Les balcons sont classés par typologie géométrique, c'est à dire suivant la forme globale des consoles (consoles droites, consoles élancées à enroulement, consoles courtes à enroulement etc.). Ce classement ne correspond pas à un classement historique. Par ailleurs, il aurait été possible également de regrouper les balcons par typologie d'assemblage, par typologie de décors etc.

22 mars 2014

Balcons - Paris - Consoles en pierre

1 Les balcons en encorbellement - exemples parisiens

1.1 Introduction

Le balcon en encorbellement est un des éléments architecturaux le plus marquant des façades sur rue des édifices à Paris. Eléments récurrents des façades des immeubles haussmanniens au XIXe siècle, les balcons en encorbellement ont fait leur apparition à Paris environ 300 ans plus tôt, vers 1640-1650. Nous présentons dans cet article un corpus d'une cinquantaine de balcons construits entre 1636 et 1830. Ces balcons se trouvent aujourd'hui majoritairement sur les quais de Seine, et plus particulièrement sur l'Ile-Saint-Louis. Le fait que Louis Le Vau [1612-1670] ait "suggéré que toutes les maisons de ce côté [quai de Béthune] de l'île Saint-Louis en bordure de la Seine soient ornées de beaux balcons" n'est peut-être pas un hasard (Hillairet 1956). Le quai de Béthune était ainsi appelé jusqu'au XVIIIe siècle le quai des Balcons (Marrey 1989).
Balcon du 19 quai de Bourbon à Paris
Hôtel de Jassaud, 19 quai de Bourbon - 1642

Les exemples de balcons en encorbellement que nous allons donner viennent compléter ceux déjà réunis concernant les balcons à Palerme, et les balcons de Corse du Sud. Ces exemples, de divers lieux et époques, font partie d'une recherche que nous menons actuellement sur les systèmes constructifs en encorbellement. Ils serviront de corpus de référence pour étudier la typologie des balcons et leur stabilité dans le cadre d'un prochain article.

Les balcons à Paris sont innombrables. Nous avons choisi de limiter nos exemples aux balcons les plus anciens, et à ceux qui sont visibles depuis la rue. De plus, ce premier article concerne uniquement les balcons à console en pierre, un second article sera publié concernant les balcons à console métallique, moins nombreux à Paris mais peut-être encore plus dignes d'intérêt, en raison de la rareté des structures porteuses du XVIIe et XVIIIe siècle construites entièrement en fer. Il se peut que quelques consoles métalliques, travesties en consoles en pierre par l'emploi d'un corps d'enduit se soient glissées parmi les balcons présentées ici. Nous verrons dans un prochain article sur les balcons métalliques le cas de telles consoles.

1.2 Questions de méthode - choix des balcons, et datation

Le fil conducteur de ce blog étant l'étude de la stabilité des constructions anciennes et l'histoire de la construction, nous passerons sous silence les garde-corps, ouvrages de serrurerie ou ferronnerie qui sont parfois appelés eux-même balcons dans la littérature. De même, les balcons qui ne sont pas en encorbellement ne seront pas présentés ici.

La liste de balcons donnée ici n'est pas exhaustive. Comme nous n'avons retenu que les balcons sur rue, choix pratique pour les illustrations, les balcons donnés ici ne sont peut-être pas représentatifs de l'ensemble des balcons anciens à Paris. Par exemples les balcons d'hôtel particulier présentés ici correspondent à ceux dont le bâtiment principal possède une façade sur rue. Les hôtels particuliers entre cour et jardin ne sont pas dans ce cas. Les balcons sur cour (Hôtel Matignon, Hôtel de Noirmoutier, etc.), ou sur jardin (Hôtel de Soubise, Hôtel d'Evreux, Hôtel Biron, etc.) ne sont pas représenté dans les exemples donnés ici.

Les dates indiquées pour chaque exemple de balcon correspondent en réalité aux dates de construction des édifices, et donc pas nécessairement à la date de construction des balcons eux-même. Si la date de construction du balcon est connue avec certitude, cela est précisé explicitement, mais c'est malheureusement rarement le cas. Les deux sources principales pour les datations des édifices et des balcons sont Connaissance du vieux Paris de Hillairet (1956), et la base de donnée Mérimée pour les édifices (ou balcons seuls parfois) classés ou inscrits aux Monuments Historiques. L'histoire de l'architecture privée parisienne a fait l'objet de nombreuses études depuis la publication du livre de Hillairet en 1956, et il est possible que les nouvelles découvertes explique des décalages entre les dates données ici et les dates donnée dans des sources plus récentes. Lorsque le balcon, la façade ou l'édifice est classé ou inscrit aux Monuments Historiques, nous indiquons sa notice sur la base de donnée Mérimée (lien du type PA00000000 dans la suite).

Nous n'avons pas essayé de dater par nous même ces balcons en référence à leur ornementation. Dans quelques cas nous avertirons le lecteur lorsque la date de construction de l'édifice est manifestement bien antérieure au balcon. L'utilisation des connaissance des styles des gardes-corps permettrait peut-être de préciser un peu les datations, tout en étant sujet aux évidentes limites des réemplois, mise au goût du jour, restaurations et imitations.

1.3 Redécouvrir les balcons en encorbellement

Les exemples réunis ici sont l'occasion de se poser quelques questions sur leur évolution structurelle, tant du point de vue individuel (réparations et restaurations subis par chaque balcon) que du point de vue collectif (évolution de la taille des consoles, de leur saillie, de leur position par rapport aux trumeaux des étages, de l'épaisseur des dalles, de l'importance des clés d'arcs).

Nous pouvons mentionner ici quelques observations, qui si elles ne peuvent tenir lieu de vérité générale, permettent de mettre les exemples donnés ci-dessous en perspective. Ainsi l'épaisseur moyenne des balcons les plus anciens (XVIe et début XVIIe) semble inférieur à l'épaisseur des balcons les plus récents de nos exemples (début XIXe). Des barres métalliques sont fréquemment visibles sous les dalles des balcons, tels celles que l'on trouve dans la littérature du XVIIIe siècle concernant ces balcons (voir fig V. de Blondel et Patte 1777 ci-dessous). Ces barres ne sont donc pas nécessairement des renforts, mais peut-être dans certains cas des dispositifs constructifs d'origine. Les dalles ont parfois été remplacée entièrement, des fois en béton ou ciment armé (voir exemple du 32 rue Saint-Antoine ci-dessous). Les consoles, initialement positionnées au droit des trumeaux sur les exemples du XVIIe, peuvent être placée au niveau des clés des arcs (voir exemple du 82 rue François-Miron). Le développement des cartouches ornant les clés d'arc peut même faire penser à des consoles secondaires d'un point de vue stabilité (remarque à prendre avec beaucoup de précaution, car nous n'avons pas connaissance de l'appareillage).
Linteaux de fer pour soutenir la tablette du Balcon, gravure de Blondel et Patte 1777
"linteaux de fer pour soutenir la Tablette du Balcon"
d'après Blondel et Patte 1777 - scanné par la BNF

Dalle de balcon en béton ou ciment armé, 32 rue Saint-Antoine à Paris
32 rue Saint-Antoine - dalle en béton ou ciment armé

8 février 2014

Maçonneries - Glossaire anglais-français-allemand

1  Introduction

Des conférences internationales d'histoire de la construction ont lieu tous les 3 ans depuis 2003: Madrid (2003), Cambridge (2006), Cottbus (2009), Paris (2012). Les actes de ces conférences sont des sources importantes pour comprendre les monuments anciens. Le vocabulaire technique des voûtes et plus généralement des constructions en maçonnerie est bien spécifique. Nous proposons ci-dessous un glossaire multilingue anglais-français-allemand concernant la maçonnerie, du point de vue des structures, pour faciliter la compréhension de ce type d'article. Nous avons choisi d'ajouter de plus les traductions en allemand pour aider spécifiquement à la compréhension du Lehrhuch der gostischen Konstruktionen de Ungewitter et Mohrmann (1901 [4]), qui est selon Huerta la meilleure présentation de la construction et analyse structurelle de la maçonnerie dans l'architecture gothique (2008 [2]). Il existe également une traduction anglaise de cet ouvrage (1920 [5]).
Par ailleurs, des glossaires très complets sont disponibles sur internet concernant les maçonneries, cette fois ci du point de vue des matériaux : voir Groot et al. 2004 [1] et Vergès-Belmin 2008 [6]. Nous avons déjà mis en ligne un article concernant cette fois ci le vocabulaire de la charpente en anglais et français.
Ce glossaire pour la maçonnerie contient certainement des erreurs et des imprécisions. Le sens des termes techniques évolue avec le temps, comme nous avons pu le voir sur l'exemple des tirants métalliques anciens lors d'un précédent article. Nous espérons que ce glossaire pourra cependant vous être utile pour découvrir plus facilement les articles anglais et allemand.

27 octobre 2013

MicMac - tutoriel de photogrammétrie sous Windows


Mise à jour septembre 2016 : une interface graphique est maintenant disponible pour MicMac (fournie avec le fichier d'installation de MicMac pour la version windows, voir le répertoire InterfaceCEREMA). Cette interface graphique facilitera l'accès à MicMac aux débutants.

Un nouveau tutoriel pour MicMac est proposé sur le site bestrema.fr. Ce tutoriel permettra aux utilisateurs non débutants de gérer les problèmes de divergence, d'utiliser des photos prises avec autofocus, et d'automatiser leur utilisation de MicMac sous windows.


1  Introduction

Après nous être intéressé dans un précédent article à VisualSFM, nous présentons aujourd'hui un autre logiciel de photogrammétrie, MicMac, permettant lui aussi de réaliser des nuages de points à partir de photos. Ce logiciel a été créé par Marc Pierrot Deseilligny de l'IGN, et sa licence permet une utilisation libre en échange d'une obligation de citation (voir les détails de la licence CeCILL-B sur le site de l'IGN). Il est plus difficile d'accès que VisualSFM, mais de récentes mises à jour ont grandement simplifié son utilisation sous windows, bien qu'il n'existe pas encore à notre connaissance d'interface graphique fonctionnant sous windows.
Ce tutoriel s'adresse aux personnes ayant un minimum de connaissances en photographie, mais pas de connaissance particulière en photogrammétrie. Il expose les éléments minimaux à connaître pour pouvoir utiliser MicMac.
MicMac est un logiciel qui peut être paramétré de façon très fine pour s'adapter à toutes les situations. C'est cette polyvalence qui fait sa force, mais qui le rend également d'accès complexe aux débutants. La présentation que nous faisons ci-dessous favorisera la simplicité et la rapidité de calcul (au détriment de la précision), de manière à permettre à des utilisateurs débutants d'obtenir des premiers résultats sans trop d'efforts.
Nous attirons tout de suite l'attention du lecteur sur la nécessité d'un certain nombre de prérequis pour l'utilisation de MicMac :
  • connaître les principes de base du fonctionnement d'un appareil photo (longueur focale, ouverture, mise au point, exposition etc.).
  • posséder un appareil photo dont on peut régler manuellement au moins la longueur focale, l'ouverture, et la mise au point - sinon il est toujours possible d'utiliser Micmac avec les exemples d'images fournis par l'IGN : voir le Boudha dataset sur la page de téléchargement de l'IGN.
  • savoir retoucher les images avec un logiciel de dessin (du type Gimp ou Photoshop).
  • connaître la base des expressions régulières pour la manipulation des chaînes de caractères
  • savoir manipuler les fichiers textes et renommer leurs extensions.
  • être patient - si vous n'avez aucune expérience en photogrammétrie il vous faudra probablement quelques heures avant d'obtenir vos premiers résultats probants.
Si ces prérequis vous découragent, ne baissez pas les bras, vous pouvez commencer à vous intéresser à la photogrammétrie à l'aide d'un autre logiciel plus facile d'accès (offrant peut-être moins de possibilités) et avec une interface graphique (voir notre tutoriel sur VisualSFM).
Rappelons le but principal de notre article, qui est d'offrir aux débutants une porte d'entrée à l'utilisation de MicMac sur windows à travers un exemple, et de permettre au lecteur d'acquérir quelques connaissances de base nécessaires pour aborder les documentations existantes sur MicMac. Ce tutoriel est donc avant tout un outil de vulgarisation pour les débutants en photogrammétrie ou avec MicMac.

2  Notions de bases

Les étapes principales pour la construction d'un nuage de points sont :
  • la détermination de la calibration intrinsèque de l'appareil photo dans le réglage qui a servi à faire les photos à la base du nuage de point (étalonnage)
  • l'orientation générale des photos
  • la corrélation entre une image maîtresse et ses images filles.
L'ensemble de ces concepts sont définis dans le protocole pour prises de vue d'éléments architecturaux (page 5 à 11) du laboratoire MAP/GAMSAU du CNRS. Nous conseillons vivement la lecture de ce protocole avant de poursuivre cet article, car il définit clairement les concepts de photogrammétrie essentiels pour l'utilisation de MicMac.
Nous allons voir que MicMac réalise successivement cet étalonnage, orientation et corrélation, et nous reparlerons donc de ces étapes dans la suite.

3  Prises de vues

La prise des photos doit répondre à des règles précises. Contrairement à VisualSFM qui offre une certaine souplesse dans le choix des photos, il ne sera pas possible d'obtenir de résultats probants avec MicMac si les règles de bases pour les prises de vues détaillées ci-dessous ne sont pas respectées.

3.1  Appareil photo

La précision des photos conditionne la précision du nuage de point, et la qualité de l'appareil photo a donc une incidence sur la qualité du nuage de point. Il est généralement recommandé dans les guides d'utiliser un appareil numérique reflex, mais il est en réalité également possible d'utiliser un appareil compact, du moment que ce dernier permette de fixer les paramètres ci-dessous, et que les photos soient nettes et bien exposées.
Il est obligatoire d'avoir le contrôle sur les paramètres suivants lors de la réalisation des prises de vues :
  • longueur focale
  • ouverture du diaphragme
  • mise au point
  • balance des blancs
  • désactivation de la stabilisation

22 septembre 2013

Les ancres métalliques anciennes

1  Introduction

Les ancres métalliques équipent l'extrémité des tirants, afin de permettre la transmission des efforts de traction de ces éléments dans la maçonnerie. Elles font partie des fers de bâtiments, ou encore des ouvrages de serrurerie présentés dans les traités de la construction. Ces tirants équipés d'ancres peuvent être au sens large un tirant métallique extérieur, un tirant métallique intérieur (ou chaînage - Fig. 1), un élément de plancher (poutre ou solive, en bois ou en métal - Fig. 2), un élément de charpente (entrait, panne, panne faitière), un poitrail en métal ou en bois (Fig. 3), une plate-bande clavée (Fig. 4) etc.
Les ancres sont positionnées à l'intérieur du mur (ancre intérieure - Fig. 1 au centre), ou au niveau du parement (ancre extérieure - Fig. 1 à gauche et à droite). Les ancres extérieures ne sont pas nécessairement visibles, car elles peuvent être engravées dans le parement de manière à disparaître sous un enduit2 (Fig. 1 à gauche, Fig. 2). Nous donnerons dans la suite des informations concernant principalement les ancres extérieures apparentes. Cela ne signifie pas qu'elles sont les plus nombreuses, mais simplement que les informations sur les ancres intérieures et sur les ancres extérieures non apparentes sont plus difficiles à obtenir.
Nous présentons dans la suite une typologie des ancres extérieures apparentes, principalement à partir d'informations des traités de construction français du XVIIIe et XIXe siècle, mais aussi à partir d'exemples d'ancres italiennes (provenant de Ombrie et Basilicata en Italie principalement). Nous donnerons ensuite quelques éléments sur l'historique et l'évolution des ancres.
Ancres intérieures et extérieures de chaînages métalliques
Fig 1: Ancres intérieures et extérieures de chaînages
d'après Denfer 1894 [10] - scanné par la BNF
Poutre équipée d'un tirant et d'une ancre
Fig 2: Tirant et ancre à l'extrémité d'une poutre
d'après Blondel et Patte (1777 [3, Pl. LXXIII]) - scanné par Google
Poitrail en fer ancien avec ancres métalliques
Fig 3: Poitrail en fer, avec ancres aux extrémités du poitrail
d'après Janniard (1845 [15, Pl. 25])
Platebande en pierre avec armatures métalliques
Fig 4: Platebande armée
d'après Patte (1769 [16, Pl. XVI]) - scanné par la BNF

15 septembre 2013

Histoire de la construction - recherche des textes anciens numérisés

Textes anciens disponibles sur internet

Les textes anciens sont des sources d'informations précieuses dans le domaine de l'histoire de la construction. Bien que la numérisation des ouvrages ait mis à la portée de tous ces textes, ils sont cependant dispersés sur divers sites internet, ce qui peut rendre leur consultation difficile. Nous proposons ci-dessous un outil créant automatiquement une liste de liens pour effectuer une même recherche à partir d'un mot clé sur de nombreuses sources disponibles en ligne.
L'usage de cet outil est simple. Par exemple, entrez cheville bois dans le formulaire, cliquez sur le bouton pour générer les liens, et une liste de liens vers les pages de résultats de recherche correspondant au mot cheville bois apparaitra ci-dessous. Pour chercher une expression exacte, utilisez des guillemets, par exemple "poutres armées".

1 août 2013

Les fentes de retrait des charpentes anciennes

1  Fentes, gerces et fissures ?

Les fentes de retrait sont les fentes provoquées dans le bois par son séchage (ou dessiccation) après sa coupe1. Elles sont généralement présentées dans les traités de charpenterie en même temps que les autres défauts du bois, avec les nœuds, le fil tort, les roulures, etc. Cependant la présence de fentes de retrait ne signifie pas nécessairement que le bois soit inadapté pour la construction, comme nous allons le voir dans cet article.
Les fentes de retrait sont désignées de diverses manières dans la littérature. Elles sont appelées fentes, fissures, fissures longitudinales, gerces, ou encore gerces de séchage. Nous retiendrons dans la suite le terme fente de retrait qui nous parait le plus adapté, et reviendrons à la fin de cet article sur les termes utilisés dans quelques traités de construction de l'antiquité au XIXe siècle.
Défauts du bois : roulure, gerce, gélivure et cadranure
Fig 1: Défauts du bois
d'après Barré 1896 [3]
Les sources récentes auxquelles nous ferons référence dans cet article sont pour la plupart en anglais ou en italien. Les fentes de retrait sont nommées checks ou shakes2 en anglais et fenditure longitudinali ou fenditure da ritiro en italien.
Les fentes de retrait ont les caractéristiques suivantes :
  • elles apparaissent lors du séchage du bois
  • elles suivent le sens du fil du bois, et ne traversent pas les fibres
  • elles sont plus ouvertes à proximité des faces de la pièce qu'à l'intérieur, c'est-à-dire qu'elles forment un V avec la pointe dirigée vers l'intérieur
  • elles sont dirigées suivant un plan radial, c'est-à-dire que le V qu'elles forment est dirigé vers le cœur du bois
  • les fentes principales sont généralement isolées, car elles annulent la cause qui les a créé, et sont éventuellement accompagnées de fentes secondaires plus petites (Marzo [21, p.32], Yang et Normand 2012  [31, p.2])
  • leur ouverture varie suivant les conditions d'hydrométrie : elles s'ouvrent par temps sec, et tendent à se refermer par temps humide (Marzo [21, p.32])
Fentes de retrait sur la croupe de la charpente de l'opéra du Château de Versailles
Fig 2: Fentes visibles dans la charpente de l'opéra du Château de Versailles
Jambettes, arbalétriers et aisseliers de la croupe, vue en contre-plongée

2  Apparition et facteurs d'influences

2.1  Développement des gerces

Taux d'humidité   Comme son nom l'indique, le taux d'humidité est une mesure de la quantité d'eau contenue dans le bois. Il est également appelé teneur en eau ou taux hygroscopique. Il diminue entre le moment de l'abattage de l'arbre et l'état final du bois mis en œuvre :
  • lorsque le bois est fraîchement coupé, le taux d'humidité est encore égal à celui de l'arbre sur pied. Il est compris entre 30% et 200% suivant les essences, le plus souvent autour de 90 à 100% (Wood Handbook 2010[ 4-1][19])
  • une fois coupé, le bois perd son eau libre, c'est-à-dire l'eau comprise dans les pores du bois. Le taux d'humidité descend jusqu'à atteindre 25 à 30%, que l'on appelle le point de saturation des fibres. Il n'y a pas de retrait dans cette phase. Le bois est dit ressuyé.
  • le séchage se poursuit lorsque le bois perd une partie de son eau liée, c'est-à-dire l'eau retenue par interactions moléculaires. Le taux d'humidité descend pour atteindre un taux d'humidité d'équilibre avec l'extérieur, entre 8% et 20%. Dans cette phase de séchage, sous le point de saturation des fibres, se produit le retrait qui va provoquer l'apparition des fentes.
Mécanisme d'apparition des fentes   L'apparition des fentes de retrait est liée à deux propriétés du bois. La première propriété la très faible résistance du bois à la traction perpendiculairement à ses fibres. La seconde propriété est la variation de volume du bois avec son taux d'humidité
Le mécanisme d'apparition des fentes de retrait est le suivant. Considérons une grume de bois, composée pour simplifier de cernes extérieures et du cœur. Le retrait des cernes extérieures est plus important que celui du bois intérieur lors du séchage, pour deux raisons distinctes que nous verrons dans quelques instants. Le bois intérieur qui se contracte moins que les cernes extérieures empêche se faisant la déformation des cernes extérieures de se produire. Des contraintes de traction tangentielles apparaissent dans les cernes extérieures (en même temps que des contraintes de compression radiales à l'intérieur du bois). Ces contraintes de traction peuvent augmenter jusqu'à la limite de rupture, moment auquel apparaissent les fentes. Les fentes continuent à s'ouvrir une fois qu'elles ont apparu, si le taux d'humidité descend.
La différence de retrait entre les cernes extérieures et le cœur peuvent être dues :
  • à l'anisotropie du bois, c'est-à-dire au fait que les propriétés du bois dépendent de la direction considérée. Pour tous les bois la variation dimensionnelle radiale est plus faible que la variation dimensionnelle tangentielle. La différence entre ces deux composantes conduit à une déformation plus importante pour les cernes extérieures que pour le cœur (même si le taux d'humidité est uniforme dans tout le bois - voir la démonstration mathématique dans Natterer et al. 2009 [22]).
  • aux conditions de séchage. Si le bois sèche trop rapidement, les cernes extérieures peuvent atteindre un taux d'humidité bien inférieur à celui régnant encore à l'intérieur du bois, ce qui conduit à un retrait plus important pour les cernes extérieures que pour cœur (Wood Handbook 2010[19, p.13.7])
Par ailleurs, une fois connu le mécanisme de fendage lié à la non uniformité du retrait dans une section transversale d'une grume, un autre type de fendage dont nous n'avons pas parlé jusqu'ici est facilement décrit. Il s'agit des fentes d'extrémités (end check en anglais) qui apparaissent au niveau de l'extrémité d'une grume. En effet les transferts d'humidité se font plus rapidement dans le sens du fil du bois que transversalement (Yang et Normand 2012  [31, p. 3]). Cela conduit à l'apparition de contraintes différentielles de séchage entre le bois situé à l'extrémité de la grume et le bois situé vers l'intérieur de la grume. Si ces contraintes sont trop importantes, des fentes de retrait apparaissent à l'extrémité de la grume (Fig. 3).
Fentes de retrait très importante à l'extrémité d'une grume
Fig 3: Cas extrème de fente de retrait à l'extrémité d'une grume
d'après Record 1914 [25] / Project Gutenberg License

19 juillet 2013

Balcons - Corse du Sud


1 Introduction

Les balcons de Corse du Sud photographiés entre Sartène et Levie et que nous présentons ci-dessous illustrent l'évolution typologique de ces structures en porte-à-faux avec l'avènement de nouveaux matériaux. En effet, initialement construit avec la pierre de la région, le granit, les balcons changent de physionomie et de fonctionnement structurel avec l'utilisation du fer forgé dans un premier temps, puis avec l'apparition des profilés métalliques à double T en fer puddlé (ancêtres des IPE actuels) et ensuite en acier.
Nous présenterons dans un premier temps les balcons avec consoles en granit, puis les balcons avec aisseliers métalliques, et enfin les balcons avec profilés à double T.

2 Balcons avec consoles en granit

Remarques générales

Entre Sartène et Lévie, les balcons les plus anciens sont probablement les balcons en granit. Ces balcons sont composés de consoles de granit élancées, et de dalles de pierre. Les consoles semblent ici avoir un rôle porteur, avec les dalles de pierre portant entre les consoles. En effet, bien que la plus grande prudence soit de mise pour ce type d'observation, nous n'avons pas observé de vestiges d'empochement éventuel des dalles de pierre dans le parement des façades dont les dalles ont disparues, mais dont les consoles ont été conservées.
De nombreuses consoles sont encore visibles, bien que les dalles formant le sol du balcon ait quant-à elles disparues.
Le mode constructif le plus fréquemment observé aujourd'hui est une succession de consoles à ressauts, chaque console étant composées de deux éléments élancés en granit, superposées l'un sur l'autre. Nous appellerons dans la suite "console" chaque élément de pierre constituant la "console à ressaut".  Dans les très rares cas où la queue des consoles était visible, le rapport longueur sur hauteur valait environ 9, ce qui illustre bien le caractère très élancé de ces consoles de pierres, par rapport aux consoles que l'on peut observer à Palerme.

Exemples

Balcon dont les dalles formant le sol ont disparues. Restent ici seulement les consoles à ressaut, composées de deux consoles superposées. Exceptionnellement, la longueur de queue est visible ici, sur la console située au droit du mur pignon. L'appareillage de la façade montre que cette dernière a été profondément remaniée, ce qui pourrait expliquer la position inhabituelle de la console dont la queue est visible.
Consoles à ressauts - San-Gavino-di-Carbini

La maison forte des Durazzo, à Fozzano, présente des vestiges de consoles qui correspondent probablement à une échauguette disparue. Cette maison forte, ou tour, possède également un balcon métallique dont nous parlerons plus loin.
Les consoles en pierre étaient des consoles à ressaut, visibles en haut à droite sur la photo de gauche ci-dessous. On note de gauche à droite :
  • une console à ressaut dont les deux consoles en granit ont été conservées ;
  • une console à ressaut dont la rupture de la console inférieure a probablement entraîné la rupture de la console supérieure en raison de l'augmentation du porte-à-faux de cette dernière ;
  • une console à ressaut dont la console supérieure est rompue, malgré la conservation de la console inférieure.
Maison forte des Durazzo à Fozzano

Les consoles de ce balcon sont monolithes, et le galbe qui affine leur profil à leur extrémité rappelle les consoles à ressaut formées de deux consoles vues jusqu'à présent. On distingue en sous-face des dalles une ligne séparative parallèle à la façade, indiquant que les dalles situées vers l'extérieur portent nécessairement sur les consoles.

Sainte-Lucie-de-Tallano

23 juin 2013

Les tirants métalliques anciens

1  Tirants extérieurs et tirants intérieurs

Il existe dans les monuments anciens deux types de tirants en fer forgé principalement1 : les tirants extérieurs aux maçonneries, dont nous allons parler dans la suite, et les tirants intérieurs aux maçonneries, appelés généralement chaînages pour les distinguer des tirants extérieurs.
Nous avons choisi de parler ici principalement des tirants métalliques extérieurs aux maçonneries. Ces tirants, en étant visibles, sont plus souvent l'objet de choix de restauration. Faut-il les supprimer, ou les conserver ? Cette question revient fréquemment. Pour des raisons esthétiques ou historiques les architectes chargés de la restauration des monuments anciens peuvent choisir l'une ou l'autre solution. Ces opérations ont des implications sur la stabilité du bâtiment, et les effets des tirants doivent être estimés. A contrario les tirants intérieurs aux maçonneries sont souvent laissés en place, car le plus souvent leur présence n'est même pas connue.
Pour distinguer ces deux types de tirants dans la suite, nous appellerons les tirants intérieurs aux maçonneries chaînages, et les tirants extérieurs simplement tirants.
Les tirants peuvent être des éléments prévus dès la construction d'un bâtiment, ou bien rapportées ultérieurement pour le stabiliser. Ils sont utilisés dans les monuments anciens pour :
  • reprendre les poussées des couvrements, que ces derniers soient en pierre (voûtes) ou en bois (voûtes lambrissées ou en plâtre, charpentes)
  • stabiliser les murs qui déversent
  • maintenir les parements extérieurs des murs à double parements avec fourrure2 des tours, car ces parements extérieurs tendent à se séparer de la fourrure (Heyman 1992 [8])
  • reprendre les efforts de vent sur les cheminées (D'Aviler 1755 [3,Art. Ancre]). Les tirants ont alors une fonction de tirant-buton, généralement rendue possible par leur faible longueur.
Nous commencerons par étudier la terminologie et la représentation des tirants dans les traités d'architecture. Nous décrirons ensuite la typologie des tirants et de leurs pièces constitutives (corps du tirant, assemblages, ancres etc.). Nous terminerons par quelques remarques sur les formules de dimensionnement des tirants.

2  Terminologie et représentation

2.1  Tirant, chaîne et chaînage

Le mot tirant réserve quelques surprises. En effet, dans la littérature du XVIIe au début du XIXe siècle, le mot n'a pas toujours le sens que les ingénieurs lui donnent aujourd'hui. Il peut désigner :
  • une courte pièce métallique permettant de lier une poutre ou solive avec la maçonnerie (Félibien 1676 [7], Diderot et d'Alembert 1765 [5], Duhamel du Monceau 1767[6])
  • une pièce de charpente bois : entrait ou poinçon (Félibien 1676 [7], D'Aviler 1755 [3])
  • un tirant intérieur à la maçonnerie (D'Aviler 1691 [2])
  • un tirant extérieur à la maçonnerie (D'Aviler 1755 [3])
Par ailleurs, les termes chaîne et chaînage ont également été employés pour désigner ce qu'un ingénieur pourrait appeler aujourd'hui un tirant, avec des significations qui varient suivant les époques et les auteurs. Nous livrons ci-dessous les résultats d'une recherche rapide dans quelques traités du XVIIe au XIXe siècle.
Le Grand Siècle   Dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, Félibien définit dans son dictionnaire un tirant comme "une poutre ou pièce de bois qui traverse d'une muraille à une autre, & sur laquelle sont posées les Forces, qu'elles empeschent de s'écarter" (Félibien 1676 [7, p.753]). Les forces désignent ici probablement les jambes de force ([7, p.598]), et le terme tirant renvoit donc dans le dictionnaire de Félibien seulement à une pièce de charpente : l'entrait. Félibien utilise d'ailleurs le terme tirant conjointement au terme entrait pour désigner l'entrait supérieur du brisis d'une charpente à la Mansart sur une des planches d'illustration de son traité ([7, p.130-131 Planche XVI]). Cependant, une autre utilisation du terme tiran est présente dans la description des planches de Félibien. Il utilise le terme tiran pour désigner une pièce métallique qu'il représente (Fig. 2) mais qu'il ne définit pas précisément. Il évoque seulement "les grosses pièces de fer qui s'emploient soit à faire des Ancres, & Tirans ; des Crampons & des Harpons, pour entretenir les murailles ; soit à lier ou attacher des Poutres ou des Tirans de bois, comme font les Boulons & Estriers [...]" ([7, p.206]). La pièce dessinée, est assez courte si on prend pour référence son épaisseur représentée, et pourrait correspondre à une pièce d'assemblage permettant de lier un about de poutre avec la maçonnerie. Il n'est pas donné d'indication sur la mise en œuvre de ce tiran par Félibien. Par ailleurs, Félibien ne définit que les chaisnes de pierre de taille qui sert à fortifier les murailles (p516), et des Chaisnette, petite chaisne faite de plusieurs anneaux de fer, ou autre metail. (p517). Nous n'avons pas trouvé d'entrée correspondant à des chaînes métalliques ou chaînages métalliques dans son dictionnaire.
Fig 2: Ancre (A) et Tiran (B)
d'après Félibien 1676 [7] Planche XXXIII - scanné par la BNF
D'Aviler donne dans son Cours d'architecture des indications sur les dimensions que doit avoir un tirant, dans le chapitre consacré à l'usage du fer dans les bastimens (1691  [2]). Ces tirants en fer semblent principalement correspondre à des tirants intérieurs aux maçonneries3. D'Aviler n'utilise pas dans ce chapitre le terme de chaîne.
Le XVIIIee siècle   Au milieu du XVIIIee siècle, dans une édition posthume du Dictionnaire d'Architecture de D'Aviler (1755[3]), le terme tirant sert à désigner une longue pièce [...] arrêtée par ses extrêmités par des ancres. Cette longue pièce est en bois4, et peut correspondre à un entrait, mais la description dans cet ouvrage pourrait également correspondre à une autre poutre située plus bas que la charpente, sous le maître entrait. Cependant, il existe également dans le Dictionnaire d'Architecture une sous-entrée pour le tirant de fer, qui corresponde à un tirant extérieur aux maçonneries (ce détail n'étant pas précisé explicitement). La définition d'une chaîne de fer correspond quant-à elle à un chaînage intérieur aux maçonneries dont nous avons parlé en introduction.
CHAîNE DE FER. C'est un assemblage de plusieurs barres de fer liées bout à bout par clavettes ou crochets, qu'on met dans l'épaisseur des murs des bâtimens neufs pour les entretenir, ou à l'entour des vieux, ou de ceux qui menacent ruine, pour le retenir, comme il a été pratiqué à l'entour de Saint-Pierre de Rome. On nomme encore cet assemblage, Armature.
[...]
TIRANT DE FER. Grosse & longue barre de fer, avec un œil ou trou à l'extrêmité, dans lequel passe une ancre, qui sert pour empêcher l'écartement d'une voûte, & pour retenir un mur, un pan de bois, ou une souche de cheminée.
D'Aviler 1755[3]
Le terme tiran dans l'article sur la serrurerie5 de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert désigne la pièce métallique qui permet de transmettre les efforts de traction entre une poutre en bois et une ancre (Fig. 3). Cette courte pièce métallique ne correspond donc à aucune des deux définitions données dans l'édition du Dictionnaire d'Architecture de D'Aviler que nous avons rapporté ci-dessus. Les chaînes définies dans cet article de l'Encyclopédie se rapprochent plus de la conception actuelle du mot tirant, mais l'article semble faire référence principalement aux chaînes intérieures aux maçonneries6.
Le tiran (fig. 14.) est une barre de fer plat, d'environ cinq à six piés de long, repliée sur elle-même en A, & soudée, formant un œil quarré par le bout A, dans lequel on fait entrer l'ancre C jusqu'au milieu ; à l'autre bout est un talon pour être entaillé dans l'épaisseur des poutres qui traversent les murs de face, & être attaché aux extrémités avec des clous de charrette.
Les chaînes (fig. 15 Pl. II & 16 Pl. III) font le même effet que les tirans, à l'exception que les barres, quelquefois quarrées & quelquefois méplates, sont prises dans l'épaisseur des bâtimens, & ont une mouffle simple ou double par chaque bout.
Diderot et d'Alembert 1765 [5]
Fig 3: Ancre et Tiran
d'après Diderot et d'Alembert 1765 [5]

Fig 4: Chaînes
d'après Diderot et d'Alembert 1765 [5]
A la même époque, Duhamel du Monceau présente le même type de tirant court que les Encyclopédistes, servant d'assemblage entre la maçonnerie et un tirant en bois : "[...] si l'on met à l'autre extrémité de la même poutre un pareil bout de tirant ou un harpon avec son ancre, les deux murs opposés seront assez bien liés l'un à l'autre [...]". Puis il ajoute : "mais la liaison est encore plus parfaite quand la barre ou le corps du tirant traverse tout le bâtiment. Souvent, pour que rien ne paroisse, on noie cette barre dans un mur de refend, & l'ancre dans celui de face." ([6, p.44]). La pièce d'assemblage devient ici le tirant métallique long que nous connaissons, et il est ici masqué à l'intérieur du plancher. Duhamel de Monceau donne cependant à ce tirant le nom de chaîne, et distingue les chaînes simples des chaînes à moufles suivant leurs assemblages ([6, p.45]). Nous reviendrons sur cette distinction dans la partie consacrée aux assemblages.
La révolution industrielle   Au milieu du XIXe siècle, avec l'avènement des charpentes métalliques, le terme tirant est utilisé par les ingénieurs pour désigner les longues pièces tendues entre les pieds d'arbalétriers de ces nouvelles charpente. On trouve encore cependant l'utilisation du mot chaîne chez certains auteurs (par exemple dans Sganzin 1839 [16] qui parle de chaîne de tirage avec assemblage à Trait du Jupiter).
Notons enfin la définition que donne Viollet-le-duc pour les chaînages en 1859 : "Ce mot s'applique aux longrines de bois, aux successions de crampons de fer posés comme les chaînons d'une chaîne, ou même aux barres de fer noyés dans l'épaisseur des murs, horizontalement, et destinés à empêcher les écartements, la dislocation des constructions en maçonnerie." (Viollet-le-Duc 1859 [19]). Il appelle ensuite tirants les probables tirants métalliques qui s'assemblaient aux crampons encore en place à Vézelay à la naissance des arcs doubleaux.
Tirants extérieurs faiblement représentés   Dans les traités français du XVIIe et du XVIIIe, lorsqu'ils font référence à des pièces métalliques les termes tirant et chaîne correspondent principalement à des courtes pièces d'assemblages, ou bien à des chaînages intérieurs aux maçonneries. Seule exception notable parmi les traités mentionnés ici, l'édition posthume du Dictionnaire d'Architecture de D'Aviler (1755 [3]) qui décrit des tirants extérieurs aux maçonneries, sans toutefois être très explicite sur le caractère extérieur des tirants.
Les informations que nous avons pu recueillir sur les tirants antérieurs au XIXe siècle, concernent donc principalement les chaînages. Nous utiliserons tout de même ces informations, en faisant l'hypothèse raisonnable que les caractéristiques techniques des tirants et des chaînages devaient être proches, et à défaut d'informations plus précises.
Concluons cette partie en reconnaissant que le corpus réunit pour cette étude du vocabulaire reste très limité, et qu'il faudrait certainement encore creuser la question. Dans la suite de cet article, nous continuerons à utiliser le terme générique de tirant, même s'il est évident qu'il ne correspond pas nécessairement au terme employé à l'époque de la mise en œuvre des tirants.

2.2  Représentation

Nous utilisons dans cet article les traités sur les techniques de construction comme principale source d'information. Cette démarche est sujette à caution, car ces traités sont une représentation déformée de la réalité. Cette déformation, ou occultation de certains aspects techniques est claire concernant les tirants, puisque bien qu'il existe des exemples de tirants dès le Moyen-âge, ces tirants ne sont pas abordés par ces traités.
Par ailleurs, le détail du relevé des éléments métalliques est souvent laissé de côté sur les relevés du XIXe siècle. Timbert donne ainsi différents exemples à la cathédrale de Soissons et à la cathédrale de Beauvais, où les tirants existants n'ont pas été dessinés sur les représentations du dictionnaire raisonné de Viollet-le-Duc (Timbert 2007 [18])

21 mars 2013

Opéra Garnier - structure de la salle de concert

1  Le nouvel Opéra de Paris

Le nouvel Opéra de Paris, qui est connu aujourd'hui sous le nom de Palais Garnier, a été construit sous la direction de Charles Garnier entre 1861 et 1875, avec une interruption entre 1870 et 1873. Une grande salle entourée d'une galerie circulaire, le vestibule circulaire, est située exactement sous le parterre de la grande salle de concert de l'opéra. La voûte de cette salle semble reposer sur seize colonnes, qui séparent l'espace central du vestibule de la galerie. Malgré les apparences, cette voûte n'est pas porteuse. En stuc, elle masque un grand plancher métallique circulaire.
La structure porteuse du plancher bas de la grande salle de concert est donc complètement cachée aux yeux du visiteur. Au musée d'Orsay, la grande maquette du Palais Garnier qui coupe ce plancher en son centre, ne laisse rien deviner non plus de la structure du plancher, qui n'est pas représentée (Fig. 1). D'autres éléments porteurs métalliques essentiels pour la stabilité de la grande salle de l'opéra ne sont pas représentés.
Les structures porteuses principales de la grande salle de concert sont des colonnes en fonte et des poutres métalliques (probablement en fer puddlé). Complètement masqués par les décors, l'Opéra a aujourd'hui les apparences d'une structure maçonnée, alors que du sol du parterre au niveau de la coupole intérieure, les éléments porteurs principaux sont métalliques.
Nous ne disposons pas d'informations privilégiées sur l'opéra Garnier. On trouve aujourd'hui en libre accès sur internet l'ensemble des informations qui permettent de redécouvrir cette structure cachée. Les liens sont donnés dans la bibliographie et avec les photos d'archives.
Nous allons donc retrouver la trace de la structure de la salle de concert de l'opéra par le biais de ces sources historiques. Nous parlerons dans la suite :
  • des colonnes de la salle de concert, qui bien qu'étant les seuls éléments porteurs soulignés par les décors... ne portent en réalité qu'une très faible partie des charges. Ces colonnes sont visibles sur les figures 1 et 2, et indiquées par des points jaunes sur le plan 4.
  • du plancher bas de la salle de concert (représenté schématiquement sur la figure Fig. 1)
  • des colonnes creuses en fonte des loges, située dans le murs séparant les loges du couloir extérieur. Elles sont localisées sur le demi-cercle extérieur bleu de la (Fig. 3)
  • du plancher à bascule des loges
Fig 1: Maquette de l'opéra Garnier, Richard Peduzzi, musée d'Orsay
d'après photo de Benh Lieu Song / Wikimedia Commons / GFDL
Fig 2: Vue de la salle de concert depuis la scène
d'après Nuitter 1875 [5]
Fig 3: Plan au niveau du vestibule circulaire
d'après Nuitter 1875 [5]
Fig 4: Plan au niveau des premières loges
d'après Nuitter 1875 [5]
Les photos que nous utiliserons dans la suite pour la description des structures sont présentées ci-dessous, par ordre chronologique. Ce sont des épreuves sur papier albuminé datant de la construction, attribuées à Louis-Emile Durandelle. Outre ces photos, on doit entre autres à Durandelle les fameuses photographies des différentes phases de construction de la tour Eiffel.
Fig 5: Vue du vestibule circulaire et du plancher du parterre - 25/03/1864
Fonds Delmaet et Durandelle - Bibliothèque numérique INHA - 2